Susanne Sundfør

The Silicone Veil

Autant vous le dire tout de suite, cet album de Susanne Sundfør ne vous laissera pas indifférent si vous aimez les chanteurs/chanteuses scandinaves. Ces voix spéciales qui mêlent puissance et fragilité dans des tessitures assez hautes. Avec ce Silicone Veil, Sundfør crée un univers que je situerais quelque part entre Zola Jesus et Fever Ray sans le côté chamanique. Elle utilise des instruments classiques (le piano entre autres) mais aussi beaucoup d’électronique pour créer des ambiances sombres et des mélodies très recherchées. « Recherché » est certainement un bon terme pour qualifier cet album, les mélodies, les arrangements, la musique, les textes, bref tout, en passant par la pochette, fait preuve d’un grand souci du détail et d’une volonté de perfection. 

L’album est d’une grande homogénéité et s’ouvre sur « Diamonds » qui dès les premières secondes nous fait découvrir la voix de Susanne a cappella avant que l’électronique ne rentre en scène d’une façon plutôt spectaculaire. Un gros riff, un son très léché qui nous fait naviguer quelque part entre modernisme et années quatre-vingt. Vient ensuite « White Foxes » et sa très belle mélodie au piano et son refrain avec une ligne de chant audacieuse qui n’est pas sans rappeler Kate Bush. « Rome » est plus étrange, plus torturée moins évidente mais saura conquérir les sens de l’auditeur grâce à un refrain imparable. Ce qui est surprenant et peut-être déstabilisant lors de la première écoute de ce titre, c’est la façon dont les instruments, tout en étant décalés, arrivent à se compléter pour créer quelque chose de cohérent. « Can You Feel the Thunder » est certainement un peu répétitive mais là encore le refrain permet de faire oublier les deux couplets peut-être un peu longs. Les paroles évoquent de belles images d’une corrida et le vers « the sun never rises on a matador » et le refrain « i am merely human / my body covered in buttons / can you feel the thunder / when i bow and arch the veil? » laissent peu de doutes quant à l’opinion de Sundfør sur la corrida. Le morceau suivant, « Meditations in an Emergency » permet de souffler un peu. Il s’agit là d’un titre instrumental qui fait la part belle aux cordes. On n’est pas loin d’une musique de film, c’est un peu oppressant et grandiloquent à la fois. « Among Us » est un peu à part, plus proche à mon avis de Bat For Lashes que de Zola Jesus ou Fever Ray, ce morceau a un feeling très eighties et une ligne de chant qui me fait vraiment penser à ce que fait Natasha Khan. Évidemment, ce n’est pas une critique négative. « The Silicone Veil », autre single, a quelque chose de gothico-romantique et ce n’est pas le début du refrain qui va me contredire, « Beauty is poisonous, disruptive », une image qui rappelle que la beauté a toujours quelque chose de dérangeant et de cruel. C’est peut-être juste moi mais j’ai parfois l’impression que Joy Division n’est jamais très loin sur ce titre. « When » est remarquable par sa construction et ses arrangements, une montée en puissance sur le refrain qui se fait insidieusement, petit à petit, jusqu’à pénétrer votre cerveau pour ne plus en sortir. Les deux derniers morceaux sont plus expérimentaux et je dois dire que l’album fini sur une très bonne note avec « Your Prelude » et son riff au synthétiseur quelque peu vintage qui fait son effet à chaque fois. Même si cet album n’est pas exempt de défauts, des intros parfois un peu longues ou des passages un peu répétitifs, on ne peut que s’étonner du bond prodigieux que Sundfør a réalisé entre son album précédent et celui-ci. « The Silicone Veil » restera certainement dans les mémoires. Les mélodies restent en tête, les textes sont recherchés et bien écrits et tout pousse à croire que Sundfør a sorti l’album de la maturité avec son troisième album. À a peine 26 ans, c’est quand même bien tôt dans une carrière et j’espère que son inspiration ne la quittera pas pour l’écriture du quatrième album.


Paroles :

I'm a larva wrapped in silk;
I am dying in burning flesh
Let me out, let me ache
Let me out, let me ache and itch

Get me out of this suit
I go to a funeral every day
I follow these people around
I follow these people like a rat's tail
I carry their caskets, I sing them good night
They're better off without me

Beauty is poisonous
Disruptive
Oh, heaven must be an iron rose
Unfolding...
Oh, let me in, let me out,
let me in, let me out!

This is a retirement
from plumbing the veins of rats and kings.
Let the stars be my eyes then
unchain the knuckles and latches;
unbutton my wrists.

My skin so thin you can see black holes within;
my eyes so clear they light up the sky...

And sometimes I'll bend into the silicone veil
and enter this world again as a ghost.
Beauty is poisonous
Disruptive
Oh, heaven must be an iron rose
Unfolding...
Oh, let me in, let me out,
let me in, let me out!

Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out
Let me out, let me out

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